RSS | E-mail

 
la congolaise
 

LE GRAND ECHIQUIER


Gouverner c’est prévoir, et prévoir c’est avoir l’aptitude d’anticiper l’avenir sur la base des faits présents, et à partir des développements que ceux-ci sont à même de connaître.

La vie politique congolaise apparaît comme un grand échiquier sur lequel plusieurs acteurs sont en action dans le cadre d’un paysage politique précis, et dont les différents jeux à venir peuvent être anticipés dès lors qu’on s’inspire des faits qui se donnent à nous et de leurs développements éventuels.

Le paysage politique actuel de notre pays nous offre un seul acteur qui détient tous les organes du pouvoir et verrouille tout le système. Cet acteur politique, vient une fois encore de renforcer ses rangs à l’occasion de son congrès en phagocytant un certain nombre des partis et associations. Contrairement à la configuration politique issue de la conférence nationale formée de trois acteurs politiques majeurs :  Le MCDDI, L’UPADS, et Le PCT. La configuration actuelle n’offre qu’un seul acteur qui influe sur la vie politique congolaise alors que le MCDDI et l’UPADS ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. En effet, alors que le PCT ne bénéficiait pas de l’unanimité au Nord du pays, son autorité était disputée par plusieurs autres partis politiques ( RDD, UFD….), le fait de détenir le pouvoir a fasciné tous ces partis politiques qui se retrouvent tous derrière ce parti.

Ainsi, nous avons un PCT qui par la fascination du pouvoir qu’il détient est quasiment assuré de l’unanimité des forces politiques de l’espace politique du Nord.

Face à cet acteur politique omniprésent, le MCDDI et l’UPADS souffrent de la disparition de leurs leaders respectifs du paysage politique. Ces deux partis politiques se retrouvent politiquement immobiles par manque d’un leader qui incarnerait la volonté du parti et donc l’action. Ici, le risque pour ces deux partis est que le souvenir des leaders charismatiques à savoir LISSOUBA et KOLELAS puisse se perdre dans la mémoire des populations de leurs bases respectives. En effet, la nouvelle génération qui n’a pas vécue la conférence nationale souveraine, et n’était pas impliquée dans la politique post conférence nationale du fait de leur jeunesse n’a pas assez de souvenir de la vie politique impliquant ces leaders pour se sentir d’emblée militant de ces partis comme leurs ainés. Ce risque est plus grand pour l’UPADS que pour le MCDDI car pour le MCDDI, l’appartenance à ce parti est le fait de l’ethnie et le fait qu’il soit monoethnique peut favoriser la transmission du souvenir politique du leader par un récit ethnique. Alors que pour l’UPADS, le fait que sa base ne soit qu’une identité politique inventée sans ancrage ethnique unique mais composite, elle est plus menacée de dislocation, et ce d’autant plus que entre les cadres de ce parti l’heure n’est pas à l’harmonie.

Aussi, la conférence nationale n’étant plus forcement la référence de la nouvelle génération issue des bases de l’UPADS et du MCCDI, souvenir qui se meurt même dans l’esprit des cadres de ces deux partis, nous en voulons pour preuve la reconnaissance de l’actuelle constitution par ces partis, il leur faut s’attacher à d’autres souvenirs encore vivaces susceptibles de resserrer les rangs de leurs militants même en l’absence des leaders charismatiques.
Le souvenir récent partagé aussi bien par les ainés que par les jeunes issus de la nouvelle génération est bien les affres de la guerre de 1998.

Ces deux partis pour redynamiser leurs bases devraient donc se forger un discours sur les persécutions et les tribulations vécues par les populations toute catégorie confondue pour générer un sentiment de communauté de ressenti.

Cela suppose qu’au sein des cadres dirigeants de ces partis, il y’ait un positionnement clair au sein de l’opposition pour lutter contre le pouvoir militariste du PCT responsable des tribulations connues par les populations à l’occasion de la guerre de 1998.

Le positionnement du MCDDI au sein du pouvoir est en parfaite contradiction avec le ressort que nous venons d’évoquer notamment celui du partage en commun du ressenti de la guerre de 1998. Le fait pour lui d’être au pouvoir avec l’acteur de ce ressenti lui enlève la force morale pour dynamiser ses militants sur ce ressort. Ce qui nous conduit à penser que l’avenir politique du MCDDI est sans horizon, son sort est lié à celui du PCT car ses attentes sont en antinomie avec celles de ses militants. Ici, il y a donc une carte à jouer pour des personnalités ou partis politiques qui s’inspireraient du ressort que nous avions évoqués pour mobiliser cette base perdue.

L’avenir pour l’UPADS est de travailler à renforcer l’identité politique inventée qui est sa base électorale par le souvenir de son leader charismatique et par celui de la guerre vécue par ses populations. Nous dirons qu’en l’état actuel le sort de ce parti est l’inertie car ses cadres dirigeants sont occupés à la guerre pour le contrôle du parti alors même que la cohésion de sa base ne va pas de soi. En effet, nous nous souvenons que la guerre entre les cadres de l’UPADS pour le partage du pouvoir occasionna la création de l’UR animée par des cadres soundis, kamba et dondo. C’est dire que la guéguerre entre les cadres dirigeants de l’UPADS peut se solder par une segmentation de la constellation ethnique qui constituait la base électorale de ce parti.

Nous avons donc un paysage politique d’où ne transparaît aucun élément susceptible de venir inquiéter le jeu du PCT sur le grand échiquier politique national. Il est seul maître à bord, fort du pouvoir et de la fascination qu’il exerce, il lui suffira de tirer les ficelles de la guéguerre entre les cadres dirigeants de l’UPADS, encourager ces cadres à créer des nouveaux partis pour que la base électorale de ce parti soit dispersée.

Les mouvements d’opposition de la diaspora ont donc une carte à jouer pour le renouveau du discours politique dans notre pays et pour servir de contre poids au jeu solitaire du PCT.

Il sera nécessaire d’inventer un discours politique réunissant tous les éléments de nature à raviver la mémoire des ainés et des nouveaux jeunes sur la nécessité d’une RUPTURE avec la classe politique actuelle.


Maître BRICE NZAMBA

© Cercle La Rupture, Décembre 2011

Retrouvez cet article sur Twitter @CercleLaRupture

16.12.2011. 22:43

Il n'y a pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire.

* = champ obligatoire

:

:

:

4 + 1 =