RSS | E-mail

 
la congolaise
 

LE MALENTENDU CONGOLAIS

Me Brice Nzamba à Paris

Au Congo Brazzaville, il n y a point d’Etat. Il existe à tout le moins une mafia qui est arrivée au pouvoir par la force, et qui peine à transformer cette force en droit nonobstant les élections successives organisées.

En effet, il ne suffit pas d’être reconnu à l’ONU pour constituer un Etat disposant de tous les atours de la légitimité : l’Etat sud africain de l’apartheid était membre de l’ONU pendant qu’il ne disposait d’aucune légitimité populaire. La reconnaissance de l’ONU est nécessaire mais pas suffisante pour être reconnu comme un Etat plein.

Au Congo, il n y a point d’armée. Il existe des individus habillés en treillis militaires recrutés sur la base de l’appartenance ethnique qui fait office d’armée. La vocation de l’armée qui consiste à protéger les institutions de la république et à défendre l’intégrité du territoire est substituée par la protection d’un régime avec à la clef 90% des officiers membres d’une même ethnie.

Ainsi, on se retrouve avec une armée privée basée à Tsambitso lourdement équipée dont les recrues sont tous originaires d’un même espace régional , et des officiers supérieurs appartenant au même espace régional : l’armée privée fait échec à l’armée nationale en la laminant.

C’est dire que le monopole de la violence dont dispose la mafia au pouvoir est loin d’être légitime puisqu’il ne s’agit pas de protéger les institutions contenues dans une constitution librement choisi par le peuple mais de veiller à la pérennité au pouvoir.

Au Congo, les institutions de l’Etat sont laminées.Il suffit de voir comment fonctionne la justice au Congo pour s’en convaincre. Les autorités judiciaires ne sont pas indépendantes de la mafia politique au pouvoir, son premier policier est lui-même un ancien milicien.

La corruption gangrène tous les niveaux d’activité de la vie sociale sans possibilité de régulation. Les lois ne produisent aucun effet, et ne bénéficient d’aucun concours de la force publique sauf quand il s’agit de s’en prendre aux plus faibles.

Disons le clairement, l’Etat congolais est un Etat failli, un Etat déstructuré qui peine à générer des rapports régulés par le droit entre les individus qui habitent son territoire. C’est un Etat qui est absent dans les échanges économiques entre individus habitant son territoire, et qui se sert des recettes obtenues par la vente du pétrole et du bois comme des gains d’une vente privée.

Non, il n y a pas d’Etat au Congo au sens d’une puissance publique organisée servant l’intérêt général. Les missions régaliennes de l’Etat font l’objet d’un hold up et servent les intérêts d’une mafia qui dispose de la dissuasion armée pour mater toute révolte légitime de la population.

Aujourd’hui, cette mafia sait qu’elle ne peut disposer de la légitimité populaire conférée par le peuple souverain à l’occasion d’une élection transparente et libre, elle dispose de deux armes pour se maintenir au pouvoir : acheter le silence des partis dit de l’opposition qui en participant aux mascarades électorales lui confère une apparence de légitimité et maintenir la peur d’une répression sanglante en cas d’une juste révolte.

Ce qui est extraordinaire c’est de voir les partis de l’opposition qui se plaignent des conditions d’organisation d’élections, accompagner le hold up de la légitimité en participant aux élections dont les dés sont pipés d’avance.

Nous ne le dirons jamais assez, face à l’Etat failli et à la mafia qui le dirige, il convient de prendre des mesures conservatoires jusqu’à ce qu’un nouveau contrat social soit signé entre le peuple congolais et ses dirigeants : la non participation au système actuel est une forme de résistance non violente.

Vouloir changer les choses de l’intérieur c’est ignorer la nature même de ce système qui phagocyte toute bonne volonté, et étouffe tout bon esprit.

Maître BRICE NZAMBA

© Cercle La Rupture, Novembre 2011

Retrouvez cet article sur Twitter @CercleLaRupture

03.11.2011. 18:07

Il n'y a pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire.

* = champ obligatoire

:

:

:

8 + 9 =