LES AGENTS CRIMINOGENES D’UNE DICTATURE
La gestion du pouvoir dans un régime dictatorial fait du dictateur un être anxieux, toujours avide d’informations sur ses sujets, ses troupes, et sur tous les membres de la société. Sont-ils fidèles ? L’aiment t’il ou le craignent t’il toujours autant ? Qui doit-il châtier pour faire cesser la Fronde ? Comment se faire respecter ?
Les services spéciaux et les renseignements généraux dans une dictature servent à répondre à toutes ces questions qui taraudent le dictateur. Nous appèlerons les agents des services de renseignement du nom des « assassins » pour indiquer leur haute capacité de nuisance qu’ils inspirent auprès de certaines couches de la société mise sous contrôle.
En fait, la terreur qu’inspirent les agents de renseignement est le plus souvent excessive. L’agent de renseignement ou « l’assassin » tue peu, uniquement quand il y ‘est contraint, car il n’est jamais sûr qu’il ne sera pas trahi, après avoir commis son crime, par celui – toujours insoupçonnable- qui l’aura commandité.
Il ne tue que lorsque l’équilibre entre la paix de la dictature et la soumission générale est rompu. Lorsque sur l’échiquier du pouvoir des pions subversifs au pouvoir deviennent de plus en plus actifs jusqu’à menacer l’ordre établi par la dictature, l’agent de renseignement intervient pour réguler en apportant à la catégorie des fanatiques, des informations nécessaires pour neutraliser les risques.
Un bon assassin ou agent de renseignement est dans la plupart des cas, un agent d’information réciproque. Il obtient des renseignements, parce que lui-même révèle à ses informateurs le dessous de quelques cartes du pouvoir qui l’envoie. Dans la structure du pouvoir que nous combattons il est impérieux de se méfier de ceux qui distillent des informations venant du pouvoir car le plus souvent c’est le change qu’ils obtiennent après en avoir fourni sur les intentions de ceux qui se battent vraiment contre la dictature. L’agent de renseignement lâche quelques bribes d’informations sécondaires, pour mieux se renseigner et endiguer les initiatives venant de ceux qui se battent pour renverser l’ordre qu’il défend.
Plus violent que les agents de renseignement, la catégorie des fanatiques d’une dictature constitue les exécuteurs passionnés des idéologues de cette dictature dont ils interprètent la pensée de manière exacerbée.
Contrairement aux agents de renseignement qui régulent la dictature et sont d’ailleurs rémunérés pour cette tâche, les fanatiques agissent par conviction, gratuitement, par goût de la violence. Leurs crimes s’exercent au hasard, alors que ceux des agents de renseignements ( les assassins) sont délimités et précis. Un agent de renseignement est anonyme, il n’apparaît pas et s’évertue à cacher ses forfaits. Tout distingue ces deux familles de tueurs, quand bien même elles visent le plus souvent les mêmes acteurs politiques réellement dangereux pour la dictature.
Du meilleur des fanatiques, on en fait des martyrs. Hommes de foi plus que de raison, ils s’attaquent le plus souvent à la population en sorte de sensibiliser celle-ci par la terreur. La particularité des fanatiques c’est qu’ils peuvent s’attaquer même aux personnes profitant de la dictature lorsqu’ils les trouvent trop timorés, insuffisamment engagés. Cette catégorie réalise souvent une épuration qui ne peut que plaire au dictateur.
Ainsi, les agents de renseignement travaillent souvent de paire avec les fanatiques habillés en tenue militaire dans les cas où un rééquilibrage du rapport de force par la violence devient nécessaire.
Nous ne pourrons comprendre les différents drames que notre pays a connu sans prendre le soin de décortiquer les différentes pièces qui s’articulent pour rendre une dictature pérenne. Nous ne pourrons conclure notre étude sur les agents criminogènes d’une dictature sans parler du rôle souterrain du déstabilisateur. Semer le doute dans l’imaginaire collectif d’une société est le propre de l’agent qui a pour mission de déstabiliser une population. Il est l’intermédiaire entre l’idéologue et le journaliste. L’agent de déstabilisation a pour fonction d’amplifier une propagande, de transmettre à peu près autant de fausses nouvelles que de vraies, de sorte à décontenancer, affaiblir le jugement critique, conditionner l’opinion, et la rendre amorphe à toute action.
Son action lorsqu’elle est efficace tue dans l’œuf tout désir de révolte car il est capable de semer le doute sur l’intégrité d’un leader ou sur la viabilité d’une action.
Une dictature qui se veut pérenne, se doit d’avoir ses « assassins » ses « fanatiques » et ses agents de déstabilisation. Il appartient à ceux qui luttent contre cette dictature de connaître parfaitement le mode de fonctionnement des agents criminogènes de ce régime pour ne pas tomber dans leurs pièges.
Maître BRICE NZAMBA
© Cercle La Rupture, Septembre 2011
Retrouvez cet article sur Twitter @CercleLaRupture
17.09.2011. 16:37
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